Toi tu lui tends la main, mais lui ne la saisit pas. Non, ce qu’il veut, c’est te faire des bisous pour te dire bonjour. Mais pourquoi?

On peut se faire la bise entre mecs. Ca existe. Meilleurs potes, cousins, famille, amis d’enfance, pas de soucis. Chez les gays, le phénomène est également répandu, et là encore, c’est accepté. Non, le problème est ailleurs. Il est chez tous ces gars qui, en vertu d’on ne sait quelle intimité fantasmée ou éthique personnelle, tiennent à te faire la bise. C’est désagréable. Toi, tu ne le connais pas très bien, ce gugus. Un simple check suffirait largement, accompagné d’un « ça va ?», auquel il serait bien inspiré de répondre par un autre « ça va ? ». Au passage, pour peu que le mec soit barbu ou qu’il ait des problèmes de peau, tu n’as logiquement aucune envie de coller ton visage au sien. Mais c’est trop tard. Tu es piégé. Tu as maintenant la paluche tendue dans le vent, le mec s’approche de toi pour t’en claquer deux, qu’est ce que tu peux faire ? Rien. Alors tu t’exécutes, avec amertume et dégoût. Mais dans ta tête, tu te dis quand même que c’est intime, cette histoire de bise entre hommes. Que cela à un sens, que cela correspond à un message : je te connais, je suis content de te voir, tu es important à mes yeux. Mais là, non. Toute logique a volé en éclat. Tu es juste tombé sur un peigne-cul en surrégime, généralement de mondanités ou de coke.
Obliger un homme à t’embrasser relève non seulement de la faute de goût, mais surtout d’un cruel manque de discernement. Répondre à une main tendue par une bise crée d’ailleurs, forcement, un décalage assez gênant. Cela signifie que ce mec est beaucoup plus content, plus enthousiaste de te voir, que l’inverse. Un zeste d’amour propre de sa part devrait suffire à remettre les choses à leur place, malgré une éventuelle déception due à ta froideur. Mais non. Mais alors, qui fait ça ?
D’abord, les lèche-culs : on l’a dit, ce mec te kiffe, il veut être ton pote, et il veut que tu le saches. Alors il fait semblant de ne même pas avoir vu ta tentative de poignée de main pour t’embrasser goulument.
Ensuite, les feujs. Ce n’est pas un mal de le souligner, les feujs (et les rebeus aussi, souvent) sont plutôt tactiles et chaleureux entre eux, et parfois dérapent un peu en société. Cette empathie permanente, également caractérisée par un tutoiement immédiat et systématique, ne sied pas à toutes les situations de la vie, qu’ils l’assimilent.
Et enfin, le pire, les « wannabe ». Mal inspirés par les codes de la fashion, de la télé-réalité et autres univers qui les font rêver, ils considèrent tout simplement que c’est stylé de faire la bise à tout le monde. Les cons. Mais toi, tu ne veux pas rentrer dans leur monde crypto-jet-set-imaginaire. Tu ne veux rien d’ailleurs, tu ne les salues que par politesse. Si tu pouvais, tu hocherais juste la tête, uniquement pour qu’ils sachent qu’ils sont dans ton champs de vision.

Et maintenant, retournons la situation. Si jamais c’est toi qui t’approches d’un pote pour lui faire la bise, et qu’il te tend la main en retour, comment le vivre ? Mal, forcement. C’est vexatoire, et même humiliant. Alors il va falloir s‘y faire, parce qu’on n’est pas des monstres: nous serons encore obligés de faire la bise à des milliers de ces mecs relous, dans notre vie.
Bonne chance !




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