Sans thune pour se payer une place en business, un long trajet tourne vite au cauchemar. Alors, comment rester à l’aise dans la bétaillère?

Déjà, montrez immédiatement à votre voisin qui commande. Vous devez gagner la guerre psychologique de l’accoudoir avant même que l’avion ne décolle. Car ne vous leurrez pas : on n’est jamais content de son voisin. A l’image de notre société, il y a dans cet Airbus glauque plus de gros porcs qui ont chaud, d’ados à mauvaise peau et d’enfants bruyants, que de belles meufs à l’haleine fraîche et au propos plaisant. Du coup, il est indispensable de se protéger de toute interaction avec la personne, qu’elle soit verbale ou sensorielle. Mais comment, malgré l’exaspération, rester courtois ? Très simple : il suffit de prétendre ne pas parler la langue employée par le bavard. Trois mots imaginaires baragouinés et un geste de la main suffiront à calmer ses ardeurs. Et même s’il vous a grillé, peu importe. L’idée étant juste qu’il ferme sa gueule une bonne fois pour toutes.

Vous avez désormais ingurgité le contenu du triste plateau repas qui vous a été proposé. Mais il vous reste dix heures de vol. Votre seul et unique salut, désormais, sera le sommeil. Dormir un maximum. On le sait, beaucoup décident pour cela de se bourrer la gueule. Pas idiot, mais en fait, pas idéal. Le manque d’oxygène pourrait vous rendre nauséeux, voir malade. En plus, boire donne envie de fumer. C’est pourquoi nous préconisons la technique dite de « la momie »: un lexo entier, puis capuche, couverture, masque de nuit, boules quiès, chaussettes d’avion et siège en arrière. Voir cet absurde coussin de cou, n’hésitez pas, le confort prime. Et là, logiquement, c’est parti pour un coma qui ne devrait prendre fin qu’à l’atterrissage.
Ah, quel plaisir sans nom de s’étirer à l’arrivé, en lançant à ses potes qui galèrent depuis 6 heures pour trouver une position correcte : « On est arrivés ? Déjà? ». Même si ils vous haïssent, personne n’ose réveiller celui qui dort. Pas même pour le plateau repas. Au pire ils en profiteront pour vous le chourer, pas vu pas pris, c’est de bonne guerre.

Enfin, oubliez votre dignité le temps du trajet. Passez en mode avion. Osez des choses que le bon goût proscrit habituellement. Par exemple, regarder un film de ou avec Dany Boon. Dormir la bouche ouverte en public. Se faire servir un plateau repas par une meuf plutôt bonne, sans même enlever ses écouteurs ni déscotcher de l’écran. Elle, elle gardera le sourire.C’est inclus dans le prix du billet. Et si ça vous fait kiffer, vous pouvez même applaudir le pilote à la fin.

D’ailleurs, cessez-donc de vous soumettre à tous ces ordres. De l’enregistrement à l’atterrissage, on en reçoit en moyenne un toutes les 90 secondes. Depuis le 11 septembre, ça confine presque à l’humiliation collective. Qui ne s’est jamais senti vaguement coupable au portique de sécurité ou à la douane, alors qu’il n’avait rien à se reprocher ? Cette ambiance est détestable.
Alors, vu les tarifs pratiqués, et pour votre dignité d’homme, résistez : refusez de passer le portillon en chaussettes, laissez votre sac à vos pieds, n’attachez pas votre ceinture (c’est inconfortable, et vraisemblablement inutile en cas de crash), envoyez des textos pendant le décollage. Inversement, ne faite pas tout ce qu’on vous autorise à faire. Par exemple, à l’arrêt complet de l’appareil, ne faites pas comme tous ces boloss qui se lèvent d’un coup : vous resterez dix minutes debout, le cou plié contre les coffres à bagage, en attendant de pouvoir sortir. Insupportable. De même, ce n’est pas parce qu’on vous en propose qu’il faut prendre un jus de tomates.

Bonne chance.




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