Pour notre malheur, il semble y en avoir de plus en plus. Et pas que des bons, loin de là.

Dans la rue ou dans le métro, nous apercevons souvent des affiches intriguantes : celles vantant le « one-man show » d’un comique inconnu au bataillon. Leur but est vraisembablement de nous faire penser : « Mais qui est donc ce jeune maghrébin loufoque ? Ou cette blonde délurée à l’allure désopilante ? », mais ça n’arrive pas. Nous pensons juste: « C’est quoi cette merde, encore? »
Alors, pourquoi tant de haine ?
Déjà, parce qu’on est agressés. La plupart du temps, l’impayable farceur fait une grimace sur la photo, pour bien souligner que l’on est dans le registre comique. Ce n’était pourtant pas nécessaire. L’esthétique de ces réclames parle d’elle-même, et elle est particulièrement répugnante: typos, stylisme, éclairage, tout est à chier, et tout révèle que l’on a affaire à un débutant qui ne maîtrise encore rien de sa promo, ni de son image.
Ni même de son propos, tant les titres des spectacles sont désolants, oscillants inexorablement entre jeux de mots foireux comme « One Man Chaud », et promesses de grosse déconne, comme « Machin pète les plombs ! ».
Il y a t-il vraiment des gens qui voient ça, et se disent : « Tiens, il a l’air marrant, lui ! Je vais aller acheter des places pour son spectacle  »?
C’est fou. Sur quelle base, sur quels critères ? Finalement, la grimace est peut-être déterminante.
Il ne faut probablement pas leur en vouloir, car il y a fort à parier qu’ils n’ont pas eu leur mot à dire sur la gueule de leur affiche.
Mais quid de la démarche de monter sur une scène, en se croyant suffisamment ludique pour amuser la galerie pendant une heure et demi?
Quel a été le moment clef, dans le cheminement personnel de ce gugus ? Quand a-t-il décidé de faire le grand saut ? Par quelle magie noire a-t-il pu prendre une aussi mauvaise décision ? C’est très probablement à force d’entendre ses potes bon public et un peu lèche-culs lui lancer régulièrement, comme une boutade : « Putain, t’es trop marrant, toi, tu devrais faire comique ! »
Ce fou a pris ça au premier degré, et a donc décidé d’en faire son job. Non mais on rêve.
Nous entendons alors revenir l’argument massue, celui du culot.
« Oui, mais il faut oser y aller, quand même, sur scène, faire son truc ».
Pas d’accord. Où est le mérite d’imposer aux autres des choses aussi déplaisantes ? Trouve-t-on des qualités de courage à un exhibitionniste qui ouvre son imper devant les écoles ? « Ouais, mais il faut oser y aller, quand même, montrer sa bite aux gosses. » Non. Clairement, cette démarche relève d’un manque de discernement évident. Et pourtant, on peut les comprendre, ces jeunes loups à l’humour pénible et aux dents aiguisées: en France, les comiques qui « marchent » sont des superstars, et engrangent des fortunes. Elmaleh, Debbouze, Youn : ces gars-là sont devenus millionnaires en faisant marrer le monde, puis en capitalisant au maximum sur leur « talent ». Films, sketchs, films tirés de sketchs, chansons de films tirés de sketchs, sitcoms, émissions de télé, rien ne stoppe plus la machine à euros. Et ce ne sont surtout pas Dany Boon, Jean Dujardin ou Omar Sy, des comiques certes assez moyens, mais qui ont explosé les records au cinéma, qui nous contrediront.
Alors, forcément, ça fait rêver.
Ou pas.




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