Car l’amitié, elle, ne rend pas aveugle.

Avant, vous étiez inséparables. D’ailleurs on ne vous séparait pas. Pendant ces périodes bénies que sont l’enfance et l’adolescence, vous formiez un binôme efficace et ludique en diable. Vacances, jeux vidéo, sport, baston, rigolade, vous faisiez tout ensemble, dans un déchaînement des sens qui faisait plaisir à voir. Pendant des piges, comme deux chiens fous dans une basse cour, vous avez partagé les mêmes délires, les mêmes fringues, les mêmes envies. Mais c’était avant.
Avant que ne s’insinuent dans votre non-projet de vie des problématiques aussi anxiogènes que de gagner de l’argent, se choisir une femme, ou s’auto définir en tant qu’homme adulte occidental intégré. Car oui, c’est pénible, mais la vie impose en permanence de faire des choix variés, de la coupe de cheveux au bord politique.
Et très vite, vous avez constaté des points de divergence évidents entre vous et votre vieux complice.
En réalité, et pourtant vous n’êtes pas plus dandy qu’un autre, dès que la notion d’ « élégance » s’est invitée au débat, ça a merdé. Quand on est môme, on se branle complètement de l’image qu’on dégage. Et c’est ça qui est beau, on n’est pas conditionné, on est peinard. C’est assez comparable au différentiel entre un concert et une soirée. Pendant le concert on sue, on chante, on danse, on attache son pull autour de sa taille quand on a chaud, on s’en branle, on se marre. Pendant la soirée, on veut être beau gosse, bien mis, frais, séduisant, et c’est chiant.
Sauf que c’est comme ça, c’est le lot de tout homme qui veut se faire des meufs et des amis, pas trop moches si possible.
Mais pas pour lui, apparemment.
Lui est resté bloqué dans un je-m’en-foutisme qui pose problème.
Et vous sentez bien qu’avec votre nouvelle bande d’amis, ça ne passe pas. Il y a un décalage qui met tout le monde mal à l’aise. Et c’est encore pire quand le gars a bu. Blagues de merde, propos misogynes, réacs ou racistes au premier degré… ça coince. Sans compter sur ses choix vestimentaires, jadis douteux, désormais éliminatoires.
Résultat, c’est moche, mais vous avez peu à peu cessé de l’emmener dans des évènements, par honte de son aspect et de son comportement.
Puis de le voir, tout simplement.
Mais inutile de culpabiliser pour autant.
Plus on vieillit, plus on trouve de réponses à ce type de questions : Qui suis-je ? Qu’est ce qui me plaît ? Qu’est ce qui me dégoute ? De qui et de quoi dois-je m’entourer pour être bien ? Et force est de constater que votre vieux poto n’a trouvé une bonne place dans aucune de ces réponses.
Alors tant pis.
Tant pis aussi s’il développe une rancœur par rapport à ça. Oui, il va probablement vous reprocher d’être devenu une sorte de snob-branché-hipster-bobo. Il n’aura probablement pas complètement tort, mais bon ce n’est pas lui qui va vous ramener des meufs dans votre lit.
Et vous êtes toujours mieux dans cette soirée chanmé remplie de snobs-branchés-hipsters-bobos que lui, affalé devant Masterchef avec un tromblon imbaisable et un téléphone qui ne sonne jamais.
Un conseil, ne le zappez pas complètement non plus.
Dans votre quotidien artificiellement préservé, il pourra à l’occasion vous apporter une bouffée de « vraie vie » et de bonne vieille déconne dégueu à l’ancienne qui pourraient vous faire un bien fou. A l’occasion.

Allez, bonne chance.




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