Entre le lobbying de Canal +, les parodies, et ses 3 millions de fans Facebook, on se sentirait presque obligé d’aimer Bref. Hélas…c’est pas marrant.
En Août dernier, le Grand journal de Canal + lançait une nouvelle pastille, intitulée Bref. 1 minute 30, quotidiennes, de « fiction du réel », à la réalisation, au ton, et au rythme franchement innovants. On y découvrait les non-aventures d’un trentenaire urbain un peu looser, aux prises avec son banal quotidien…
Mais tout a déjà été dit sur Bref, qui a bénéficié d’une couverture média exceptionnelle, au regard de sa qualité intrinsèque. Sans qu’on sache vraiment pourquoi, la presse s’est immédiatement fait le relais du programme avec une gourmandise et un entrain assez étonnant. Peut-être était-ce parce qu’il parvenait enfin à verbaliser cette théorie assez fumeuse, mais qui arrange tout le monde : « La trentaine est la nouvelle vingtaine » ?
En tout cas, un peu à la manière d’Intouchables, une telle unanimité autour d’un projet mettait la puce à l’oreille de ceux qui doutent de ce qui marche un peu trop fort.
Parce que honnêtement, Bref, ça aurait pu être bien. 130 plans par minute, une identification immédiate au personnage et à son lifestyle, c’était cool, comme concept. Et même très cool, comparé à la dernière tentative de Canal + sur ce créneau : les malheureux qui ont vu un épisode de « La vie rêvée des jeunes », adaptation télé de la BD de Riad Sattouf en 2010, en sont encore choqués.
Mais le hic c’est que c’est trop. On n’est pas des oies qu’on bourre. Avant même qu’on ait pu se faire un avis, juger du truc sur la durée, le Grand Journal (et sa drôle d’influence sur la masse) avaient déjà décidé d’ériger Bref au rang de programme culte. Ainsi Denisot de rappeler avec une fierté non dissimulée, avant chaque diffusion, le nombre de fans de la série sur Facebook…Mais Michel, tu sais, au Mac Do aussi il y a du monde, c’est pas pour ça qu’on y mange bien. Au bout de 3 semaines, les parodies affluaient déjà sur Youtube, ce qui accréditait visiblement pour Canal + la thèse du triomphe, du buzz participatif, de l’engouement général. Et la chaîne cryptée de se fendre alors d’un documentaire entier Special Bref, appuyant sans vergogne là où ça leur faisait du bien.
Alors, on a décidé de regarder. Calmement, objectivement, en mettant notre dégoût du prêt-à-aimer de côté. Et là, stupeur. Mais… ce truc n’est pas drôle. Bien fait, parfaitement marketé, générationnel en diable, tout ce qu’on veut, mais pas drôle. Une fois la surprise passée, une fois l’œil et l’oreille habitués, le soufflé retombe à vitesse grand V. A force de jouer la carte du running gag, également chère à Yann Barthès et ses équipes, les auteurs ne semblent pas se rendre compte que c’est déjà très répétitif. De plus, cette redondance étonnante des problématiques, (« bref, j’ai 30 ans », « bref , je suis en couple », « bref j’ai déménagé »,« bref, j’ai un nouvel appart »), fait écho à la nullité crasse du jeu des acteurs, ainsi qu’à la faiblesse des répliques. Faciles et objectivement peu savoureuses, elles semblent conçues pour amuser tout le monde, sauf les trentenaires qui vivent les même choses que le héros en plus drôle…
Visiblement, les auteurs de la chose sont des gens assez contents d’eux, assez satisfaits de leur humour. Déjà grisés par le succès, ou simplement limités ? Les piteuses prestations du jeune comique Stephane Bak au Grand Journal de Cannes, dont les textes étaient écrits par eux, laissent hélas pencher pour la seconde option.
Ainsi et aussi bon était-il, leur concept semble déjà essoré, trituré, broyé par la cadence infernale qui leur est imposé. Sachant que la saison 2, de 40 épisodes, est déjà tournée, on s’inquiète fortement sur leur capacité à tenir la distance. Heureusement qu’il y aura Canal pour nous marteler que c’est drôle, ça aide.
Mais on sait déjà qu’il n’y aura pas de saison 3. Bref, tant mieux.

