Moche et chiant : le cinéma militant

C’est l’histoire d’un petit paysan transgenre au chômage qui lutte contre le cancer.

L’aurez-vous constaté aussi ? Actuellement se multiplient les films qui défendent une « cause ».
Une noble cause.
De véritables petits brûlots qui alertent et dénoncent, et censés nous ouvrir les yeux sur un sujet difficile de la « vraie vie ».
Ces productions ont pour points communs d’avoir des budgets maquillage et stylisme très bas, puisque tout  le monde y porte du Celio et les cheveux sales, « pour faire vrai ».
C’est l’enfer.
Alors niveau sujets, ça tape large. Comme l’actu, dont ils s’inspirent. Ça peut aller des droits des gays au chômage, en passant par les migrants, la place des femmes, le handicap, les jeunes de banlieue, le monde rural délaissé, ou tout autre phénomène sociétal, tant qu’il est lourd et anxiogène.

Très peu de gens vont les voir, ces films. Mais ça, ce n’est pas très grave. Auto-gavé de subventions en tous genres, le cinéma français n’a pas toujours besoin du public pour exister. Tu découvres ainsi parfois que certains mecs ont réussi à se faire produire sept longs métrages dont tu n’as jamais entendu parler, alors qu’ils n’ont jamais dépassé les cinquante mille entrées. Étonnant.

Alors, que dire de ces films « du réel », qui foutent souvent le malaise et toujours le cafard ? Déjà qu’à de très rares exceptions près, ils sont super chiants. Et parfaitement déprimants. C’est normal, c’est l’idée. Un peu comme en musique, il est bien plus facile de faire pleurer que rêver. Alors les scénaristes et réalisateurs sans idées ou sans talent s’engouffrent dans cette brèche du cinéma « social », puisqu’on y vit bien. Et surtout que pour l’égo, c’est bien pratique sans trop se fouler. 

En se spécialisant dans la chialance reconstituée, tu passes nécessairement pour un intello, pour quelqu’un d’engagé, de sensible aux enjeux de ton époque. Toi, tu fais du cinéma respectable, utile, « qui a du sens ». Et de courageux, en plus! Qui dénonce! C’est pas les Tuche, ici, on est pas là pour se marrer mais pour sen-si-bi-li-ser. Fort de ce pré-requis , les mecs qui font ces films sont souvent d’une prétention incroyable, auto-persuadés qu’ils sont de faire bouger les lignes alors qu’on ne leur a rien demandé.
Ils se prennent  pour des militants parce qu’ils ont pompé un sujet dans l’actu et qu’ils l’ont transformé en film, à leur profit. Et oui, car s’ils allaient au bout de leur démarche pseudo-citoyenne et qu’ils  faisaient vraiment ça pour éveiller les consciences, ils reverseraient les profits du film à la cause traitée. Ca serait logique, et  assez décent. Mais évidemment, ça ne se passe pas comme ça. Donc oui, on peut bien parler d’une certaine indécence dans leur démarche. En effet, il faut un certain culot pour scénariser à sa guise et instrumentaliser des enjeux sociaux ou raciaux dont certains souffrent vraiment. Mais sans musique triste et sans traveling, eux.
Et encore plus cynique, ces causes et ces combats,  ils les esthétisent et les glamourisent, en faisant de petits objets pop dont les jurys les plus prétentieux raffolent, comme ceux des Césars ou du pathétique Festival de Cannes.

Mais si, vous savez bien, ces cérémonies où de jeunes acteurs de 25 ans  à l’air pénétré viennent vous dire pour qui voter et quelles causes sont graves, entre deux coupes de champagnes et interviews pour Konbini . Tiens, bonne idée, parlons un peu des acteurs dans ce sinistre manège. Eux aussi sont gagnants. En promo, ils peuvent prendre l’air super concerné dans C à Vous, en assurant que le sujet leur tient vraiment à coeur, ce qui les place dans la catégorie des acteurs engagés. Avec une conscience politique aiguëe. Arrête ton char, Ben Hur. Ça c’est joué à rien, à un casting, à un acteur prévu qui n’était pas dispo aux dates du tournage, si on t’avait proposé Boule et Bill 2 en même temps, tu serais pas là en train de jouer les Malcom X…

Le producteurs, enfin. Pas emmerdés, les mecs. Encore un film avec Vincent Lindon dans le rôle d’un chômeur qui se bagarre contre l’existence ? Bonne idée! Leila Bekhti en mère courage célibataire ? Impeccable. Son agent adore. L’histoire d’un petit paysan, des homos dans les 90’s, d’un prof au grand coeur dans un collège de banlieue ? Let’s go, baby. Petit budget, gloriole maximum, illusion « d’être utile », succès d’estime…tout le monde est gagnant. Tout le monde sauf le spectateur, qui quand il a eu le malheur de se faire embarquer, s’ennuie ferme et gamberge sévère. Ni les gens vraiment touchés par ces problèmes, qui ont autre chose à foutre que d’aller voir ça.

Si bizarrement, j’ai envie de me taper la misère du monde, je vais me foutre un docu.
C’est du réel, pas des bons sentiments surjoués.
Quand on va au cinéma, c’est quand même pour voir du cinéma, pas de la réalité mal transformée par un scénariste paresseux.
T’as vu.

Allez, bonne chance !

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